C’est tout d’abord la victoire d’une femme. On loue Mme Hazan ayant pris d’assaut Reims en raison d’une bataille stupide et stérile à droite, mais à Calais Natacha Bouchart l’a emporté dans un combat droite-gauche franc, direct et sans équivoque. Comme Jacky Hénin assume et revendique son identité et son appartenance communistes, Natacha Bouchart ne laisse à personne le soin de rappeler qu’elle est de droite. Et cette culture politique elle l’entretient de longue date dans une famille politique qui milite depuis longtemps de ce bord politique. Jean-Paul Delevoye, aujourd’hui médiateur de la République mais longtemps patron de la droite dans le Pas-de-Calais l’a croisée jeune militante du RPR voici près de vingt ans. Ce n’est donc pas une ingénue qui débarque en politique. L’une des leçons de ce renversement calaisien s'inscrit dans cette durée : on ne gagne pas les combats que l’on n’engage pas dans le temps. La droite républicaine souffre de ce manque de constance dans le Pas-de-Calais, plus encore dans le bassin minier. Conseillère régionale, Natacha Bouchart s’est aguerrie au fil des ans et quand il a fallu choisir une tête de liste à Calais, Claude Demassieux, le leader local de droite, ayant décidé de se replier sur une commune périphérique, elle n’a pas fui ses responsabilités.
Autre leçon : c’est une femme qui comme toutes les femmes, de droite comme de gauche, s’engage à fond dans les combats qu’elle décide de mener. En se donnant sans compter… et sans complexes. Convaincre est d’abord une affaire de convictions et d’envie – comme le dirait Johnny – et Natacha Bouchart, comme Martine Aubry à Lille, ne manque ni de l’une ni de l’autre. Voilà comment peu à peu, électeur après électrice, elle a motivé les votants de droite à se rendre aux urnes et convaincu certains électeurs de gauche qu’un autre choix était possible. Au soir du 1er tour c’est ce qui a créé la surprise en mettant droite et gauche au coude à coude contre toute attente. Au second tour, sur son élan, Natacha Bouchart a creusé l’écart plus qu’on ne le pensait.
Et elle l’a fait sans se renier en n’acceptant pas une union – pourtant tentante aux yeux de certains – avec le Front National mais sans mentir, dans le même temps, en reconnaissant qu’elle avait été appelé par le tête de liste FN, ce qjui aurait pu lui coûter cher. Et ce que n’a pas manqué de rappeler et souligner Jacky Hénin.
Cette victoire de la droite à Calais c’est aussi la défaite de Jacky Hénin, du PC et d’un certain système à Calais. Nous l’avons maintes fois écrit ces dernières années dans Autrement Dit : la situation sociale de Calais est tout à fait anormale avec un taux de chômage passé de 17,4% en 1999 à 15,9% en 2006 quand il reculait de 15,6% à 13,1% dans le même temps dans l’ensemble de la région. Or, au carrefour très précis de deux autoroutes – l’A16 et l’A 26 – sur le passage obligé du Tunnel et du TGV nord-européenne, avec un sous-sol n’exigeant aucun aménagement de dépollution au contraire de tout le bassin minier et sidérurgique du Nord-Pas de Calais, avec le couloir maritime le plus fréquenté du monde et, enfin, un arrière-pays qui offre un cadre de vie sans égal à 500klm à la ronde, Calais devrait être un eldorado. D’ailleurs le creusement du Tunnel y a fait descendre le taux de chômage de plus de 5 points pour les reperdre sitôt le chantier terminé. Ce fiasco, le pouvoir communiste – et plus largement de gauche – en place ne peut s’en absoudre. Même si Jacky Hénin est un maire plus volontaire, plus dynamique que son prédécesseur J.J. Barthe, le bilan se passe de commentaires. Et les quartiers populaires lui ont clairement signifié qu’ils ne voulaient plus être dupes. Les aides du CCAS calment quelques jours mais ne répondent au désir de s’en sortir à moyen terme. Seuls, le développement économique et la mise en place de tout ce qui peut y concourir, peuvent rassurer les familles les plus éprouvées. Jacky Hénin est trop perspicace pour ne pas avoir compris que l’émergence d’un Front National - qui s’est effondré partout ailleurs en France - à 12% à Calais, signe d’abord et surtout la désespérance de milieux populaires votant jusqu’alors communiste et se réfugiant, en dernier recours, à l’extrême-droite. Un Front National qui n’existait pas à Calais en 2001 ! Pour le PC, la gauche populiste et pour Jacky Hénin, cette gifle apparaît autrement plus cuisante que la défaite car elle signe l’échec d’un comportement politique qui n’a pas su s’adapter.
Le basculement de Calais à droite signe, enfin, la distance que peuvent, aujourd’hui, prendre un électorat et des militants – PS notamment – avec un appareil et des stratégies fédérales ou nationales avec lesquelles ils ne sont pas ou plus d’accord. Il suffisait d’aller se promener en ville ces derniers mois pour comprendre que certains électeurs socialistes ne supportaient plus de devoir éternellement s’effacer derrière un PC minoritaire « au nom des intérêts supérieurs de l’union de la gauche ». Sans doute faut-il expliquer le silence des responsables socialistes et communistes à commenter le renversement calaisien par ce malaise devant des électeurs qui ont décidé de passer outre le »s consignes et les accords de parti.
Dons Calais a basculé ! Natacha Bouchart et tous les élus du Calaisis sont prévenus. Ils doivent être efficaces, concrets, générateurs de développement économique, d’emplois, d’amélioration de la vie quotidienne. Leur chance ? Les atouts calaisiens évoqués précédemment permettent de penser que, même dans un contexte économique et international difficile, cela devrait être plus facile, ici, qu’ailleurs.
La leçon vaut, également, pour tout le littoral. Basculé à gauche à Berck, à droite à Etaples, renforcé à gauche à Boulogne, tout à droite à Calais et tout à gauche à Dunkerque, il doit se trouver vite une cohérence. Mais, en politique, on sait que le développement et les accords sont parfois plus simples et faciles avec un opposant clairement identifié qu’avec un partenaire encombrant et incontrôlable.
Tout cela méritait bien qu’on s’intéresse plus à Calais qu’on ne l’a fait ces derniers jours !